- Le Conseil œcuménique des Eglises
(COE)
Créé en 1948, c'est la plus
grande organisation œcuménique au monde : 345 Eglises membres regroupant
560 millions de chrétiens. Après l'assemblée mondiale de 2006 à Porto Alegre au
Brésil, le COE a regroupé ses activités autour de trois mots d'ordre et de six
programmes.
● Trois
mots d'ordre :
- UNITE : tendre vers l'unité visible
en une seule foi et une seule communion eucharistique
- TEMOIGNAGE : favoriser le témoignage
commun dans les activités de mission et d'évangélisation
- JUSTICE : pratiquer le service
chrétien en réponse aux besoins du monde, rechercher le justice, favoriser la
paix, prendre soin de la Création.
● Six
programmes : Le COE et le mouvement œcuménique au 21ème
siècle, Unité-Mission-Evangélisation-Spiritualité, Témoignage public : la question du
pouvoir - affirmer la paix, Justice-diaconie-responsabilité pour la création,
Education et formation œcuménique, Dialogue et coopération interreligieuse,
communication.
● Depuis
2006, deux inflexions sont à noter :
- le COE réinvestit la réflexion
théologique dans l'ensemble des programmes, et pas seulement sur les questions
dogmatiques ou ecclésiologiques. L'assemblée de Porto-Alegre a demandé que les
soubassements bibliques et théologiques des actions dans le domaine de la
justice économique et de l'environnement soient plus travaillés.
- La réflexion missionnaire s'intègre un
peu plus dans la vie du COE (Voir le programme n° 2. Rappelons que la Conseil
international des Missions, créé en 1910, n'a rejoint le COE qu'en 1961)
● Deux
projets phares sont en cours : la préparation du centenaire de la
conférence de 1910 qui aura lieu en 2010 à Edimbourg, et un document
ecclésiologique « La nature et la mission de l'Eglise ». L'objectif
est d'arriver à un document de consensus du même type que le « BEM »
(Baptême-Eucharistie- Ministère) dans les années 80.
● Trois tensions sont perceptibles au sein du COE
- autour des questions éthiques qui sont
très rarement abordées (sexualité, fin de vie, rapport au politique et au
pouvoir)
- autour de la question de la
mondialisation : expression diabolique des forces du mal pour les uns,
mouvement irréversible qu'il convient d'humaniser pour les autres.
- Autour de la place des
Eglises dans
la société.
Dans des situations où les Eglises sont des lieux de refuge
au milieu de sociétés désorganisées, elles sont perçues comme le fer de lance
d'une société nouvelle, détentrice de solutions dans tous les domaines. On
parle « d'économie selon Dieu », de société chrétienne. Au contraire,
dans un contexte de sécularisation, les Eglises se positionnent comme
partenaires de la vie sociale, sans solutions toutes faites, sans prétendre à
exercer un quelconque pouvoir.
- La Conférence des Eglises
européennes (KEK)
C'est une sorte de COE au
niveau européen. Dans un continent qui a vu naître les divisions des Eglises et
les pires conflits que le monde ait connus, la KEK, née à la fin de la guerre
s'est toujours donnée pour mission la réconciliation et la paix en Europe.
Construire l'Europe des peuples à travers les Eglises, tel pourrait être son
mot d'ordre. Elle développe des programmes favorisant l'unité et la coopération
entre les Eglises et entre les pays européens.
● On peut
retenir de ces dernières années deux axes de travail.
- les rassemblements œcuméniques co-organisés
avec l'Eglise catholique, en 1989, 1997, et 2006. Ils ont donné lieu à la
rédaction d'une Charte oecuménique, sorte de manifeste exposant les consensus
et encourageant les communautés locales à les vivre.
- La présence auprès des instances de l'Union
européenne à Bruxelles et Strasbourg d'une Commission Eglise et société, qui
fait un travail d'information et de lobbying. Le traité de Lisbonne prévoit
d'ailleurs une consultation régulière entre la Commission européenne et les
Eglises.
● Trois
tensions sont perceptibles au sein de la KEK
- autour des questions éthiques
(homosexualité, en particulier l'admission de personnes homosexuelles au
ministère et la bénédiction de couples homosexuels, les recherches sur
l'embryon, la fin de vie). Sur ces questions, fortes oppositions entre
orthodoxes et protestants du nord de l'Europe.
- Autour de la place et du rôle des
Eglises dans
la société. Pour
les uns : garante de l'ordre social et « compagne » du pouvoir
politique (plutôt à l'Est). Pour les autres : lieux de résistance et de
vigilance face aux pouvoirs et aux lois injustes (plutôt au Sud). Pour d'autres
encore : collaboratrices des institutions publiques et gestionnaire
d'activités sociales ou éducatives (plutôt au Nord).
- Autour de
la sécularisation. Elle
est perçue comme une menace par certains, soucieux de préserver les racines
chrétiennes de l'Europe et tentés de revenir au temps d'avant les Lumières, où
l'Eglise donnait le « la » dans la vie sociale et politique. Elle est
considérée par les autres comme une chance pour de nouvelles formes d'un
témoignage épurées de tout dogmatisme.
- L'Alliance réformée mondiale
(ARM)
Plate forme réformée
regroupant 218 Eglises. Il existe aussi des organisations confessionnelles
regroupant les Eglises luthériennes, baptistes, méthodistes. Comme réformé, je
m'en tiens à l'ARM que je connais mieux. :
● Trois
axes de travail.
- La justice économique : l'assemblée
générale d'Accra au Ghana (2004) a rédigé une confession de foi dénonçant
l'empire néo-libéral qui domine le monde. Les Eglises membres sont invitées à
réfléchir sur la mondialisation et à développer une spiritualité de résistance.
- Mission dans l'unité : l'ARM
encourage les Eglises réformées à se rapprocher pour témoigner ensemble. Elle
veut ainsi luter contre la dispersion de la famille réformée.
- Le rapprochement avec une autre
organisation réformée, le Conseil oecuménique réformé (COR), plus petit et plus
confessant. Ces dernières années, l'ARM a mis l'accent sur l'importance d'une
spiritualité réformée et le COR a plus
pris en compte les questions sociales et économiques. La fusion est prévue pour
2010. La nouvelle organisation devrait s'appeler « Communion mondiale
d'Eglises réformées ».
● Comme au
sein du COE, les tensions se sont cristallisées sur la compréhension de la
mondialisation.
- La Communion d'Eglises
protestantes en Europe (CEPE)
Issu de l'accord de Leuenberg
en 1973, la CEPE a pour vocation d'approfondir la communion entre luthériens,
réformés, méthodistes. Elle a développé le concept de « l'unité dans la
diversité réconciliée », qu'elle propose comme modèle pour le mouvement
œcuménique. Elle se voudrait le fer de lance de la marche vers l'unité des
Eglises.
La CEPE met l'accent sur le
travail théologique. Dernier dossier en cours « Ecriture -
Elle cherche à favoriser les
rencontres entre Eglises en mettant en place des groupes régionaux. Il en
existe un en Europe centrale et depuis mai 2008, autour des rives du Rhin.
- La Communauté d'Eglises en
mission (Cevaa)
Je mentionne ici cette organisation
parce que plusieurs Eglises membre de la Cepple en font partie (France, Suisse,
Italie). Créée en en 1971 pour succéder à la Mission de Paris, La Cevaa
regroupe 35 Eglises d'Europe, d'Afrique, du Pacifique et d'Amérique latine,
autour d'un projet communautaire original. Pour sortir du modèle missionnaire
classique où les Eglises d'Europe choisissait d'envoyer des missionnaires dans
telle ou telle région, dans un rapport Eglise mère - Eglise fille, les Eglise
de la Cevaa tentent de vivre dans un rapport d'Eglise sœurs, qui mettent dans
un pot commun des ressources financières, humaines, matérielles et qui les
partagent selon des règles collectivement décidées.
● Au milieu
des multiples projets en courts, notons une Action commune sur la question
des migrations. Au sein de la Cevaa se trouvent des Eglises situées dans
les pays de départ, de transit et d'arrivée des migrants, et une réflexion
commune sur les migrations prend tout son sens.
● Une
tension se fait jour au sein de la Cevaa :
- les rapports Nord/Sud. La colonisation et
ses répercussions ne sont pas appréciées de la même façon au Nord et au Sud et
il semble qu'un travail reste à faire pour confronter ces différentes
perceptions et entrer dans un vrai dialogue sans arrières-pensées. Les mémoires
ne sont pas encore guéries.
Pour
terminer ce tour d'horizon, il faut mentionner ici une initiative qui ne rentre
dans aucun cadre, car elle né justement de la volonté de quelques uns de sortir
des cadres habituels. Il s'agit du Forum chrétien mondial.
A l'origine, le constat de la
croissance des Eglises évangéliques et pentecôtistes, qui représentent
aujourd'hui un quart du christianisme mondial (Catholiques = 1 milliard,
Eglises COE = 550 millions, Eglises évangéliques et pentecôtistes = 500 à 600
millions). Elles sont très présentes dans l'hémisphère sud. (En terme de
nombre, le centre de gravité du christianisme se situe désormais au sud de la
planète).
Certaines de ces Eglises rejoignent le
mouvement œcuménique « historique » (voir en France le processus
d'élargissement de la Fédération protestante de France), mais d'autres
souhaitent s'en démarquer sans pour autant s'y opposer. Une des questions qui
s'est posée aux institutions oecuméniques comme le COE est la suivante : quels
liens tisser avec ces différents ensembles qui sont une part de l'Eglise
universelle ?
L'assemblée
de 2006 a poussé le COE à intensifier les dialogues avec ces Eglises.
Mais du côté de ces Eglises, certains leaders craignaient que la spontanéité
que donne le Saint Esprit soit étouffée dans un appareil institutionnel.
L'idée a donc été lancée en 1998 de créer un espace de rencontre et de
dialogue, avec le soutien des institutions telle que le COE mais sans viser
l'adhésion des Eglises évangéliques et pentecôtistes au COE. Une série de
rencontre régionales a eu lieu depuis 2002, sous le label « Forum
chrétien mondial » qui a débouché sur un rassemblement mondial au
Kenya en octobre 2007, où les catholiques étaient également présents.
Le but est de « créer un espace
ouvert où les représentants d'un grand éventail d'Eglises et organisations
chrétiennes, qui confessent le Dieu trinitaire et Jésus Christ parfait Dieu et
parfait homme, peuvent se rassembler pour promouvoir le respect mutuel et pour
étudier et aborder ensemble des défis communs » (base doctrinale).
Ainsi aujourd'hui, ce Forum chrétien mondial est le seul lieu où toutes les
familles chrétiennes se retrouvent.
A l'occasion de ces rencontres, une pédagogie
particulière a été mise en place. Plutôt que de partir d'exposé théologiques,
chacun a été invité à partager son expérience, à raconter son parcours de foi.
L'intuition est que ce qui unit les chrétiens, c'est avant tout l'expérience de
la rencontre avec le Christ. Cette démarche a été la clé du succès, parce
qu'elle permet à chacun de s'écouter et de se connaître, et du coup de mieux
comprendre ses positions en matière de foi, ses options théologiques. Elle
laisse la place à la surprise et à l'étonnement, marque de l'Esprit.
6. Les enjeux qui traversent le
mouvement œcuménique
Je ne fais que les pointer.
- L'appréciation de la mondialisation et
les questions de justice économique et écologique
- La place des Eglises dans la
société : partenaire ? Leader ? Force de contestation, de
proposition, d'appoint pour le pouvoir en place ?
- Les différentes lectures de
l'histoire : l'histoire coloniale, l'histoire de l'Europe (Les Lumières,
les racines : chrétiennes ? Multiculturelles, avec l'héritage grec,
romain, musulman, juif?)
- Les interprétations de la Bible, qui
mettent en lumière les soubassements théologiques et bibliques des différentes
prises de positions.
- Les questions éthiques
- le dialogue avec les Eglises évangéliques
et pentecôtistes
- La reconfiguration du mouvement
oecuménique : rechercher des synergies, se rapprocher entre organisations,
éviter les doublons.
- Donner un visage à l'Eglise universelle,
à travers rencontres, jumelages, colloques, etc.
Didier Crouzet
Eglise réformée de France
Juin 2008