Méditation de CARLOS CAPO lors de l'assemblée générale

Méditation de l'histoire de Jonas


Cette histoire de Jonas...On reste soulagé lorsqu'on nous dit qu’il s’agit plutôt d’un conte. Je me souviens que j’ai eu un court débat avec mon beau frère à ce sujet que s’est vite clos lorsqu’il m’a dit que « pour Dieu tout est possible »...

Récit étonnant, car il nous parle d’un prophète désobéissant, qui fuit de la présence du Seigneur, il prend un bateau, qui risque de faire naufrage. Et il y a l’équipage du bateau qui, en plein milieu de la tempête prie chacun son dieu, plus tard, par contre, lorsqu’ils apprennent que c’est la faute à Jonas, avant de le livrer au grand poisson ils prient le Seigneur : « Ne nous envoie pas la mort à cause de la mort de cet homme, ne nous en veuille pas à cause de la mort d’un innocent ».
C’est un bon exemple de dialogue interreligieux. Sans que la narration nous parle d’une conversion, cet équipage passe d’une prière individuelle « chacun leur dieu », à une prière communautaire, adressée au seul Seigneur.

Et tout parce que Jonas a reçu une mission, à laquelle, au fond, il n'a pas cru. Il doit prêcher le malheur de Ninive. C’est quand même un rôle pas du tout agréable que d’être « prophète du malheur ». Il doit prêcher la destruction de Ninive. Rien de plus. Même pas un appel à la conversion. Tout simplement il doit annoncer un événement : en quarante jours la ville sera détruite !

Et voilà que cela suffit pour que les habitants de Ninive, du jour au lendemain se convertissent au Seigneur. Avec le roi en tête du mouvement, et même les bêtes, animaux à la queue leu leu. Tous convertis.

Et nous parlions de « conversion » ? Mais voilà que c’est Dieu qui se convertit tout d’un coup!. Il renonce à détruire. Il pardonne. La grâce. C’est bien pour cela que Jonas s’est enfui, parce qu’il savait très bien que finalement Dieu est miséricordieux. Du moins c’est ce qu’il dit.
Entre temps il y a eu aussi le ventre du poisson, qui a des problèmes de digestion car en trois jours il a pas eu le temps de le digérer, et Dieu qui lui fait cracher son beau festin. Ce ventre qui est un puits, un trou noir. C’est la crise de Jonas.

Ce texte, a-t-il quelque chose à nous dire en tant qu'Eglises du Christ ?.
Bien sûr qu’il ne s’agit pas, loin de là, de prêcher le malheur ! Là nous sommes tous d’accord. Nous nous retrouvons dans la conviction d’un Dieu qui manifeste sa grâce et son pardon. En plus, Dieu s’est bien converti de son projet de détruire, il y a renoncé. Nous croyons au Dieu de la grâce, Dieu de l’Alliance et de la nouvelle Alliance. C’est le Dieu de Jésus-Christ.
Mais, justement, n’y a-t-il pas un rapport à établir entre nous, nos Eglises, et l’appel à aller vers Ninive ?. Hier, nous écoutions les situations des Eglises de la CEPPLE, et on entendait : moins de postes pastoraux, moins de ressources, moins de pasteurs, perte de vitesse, plus de majorité confortable, moins de jeunes au catéchisme, sécularisation qui avance. Et quelqu’un qui parlait de l’évangélisation comme question prioritaire.

Serions-nous, comme Jonas, en train de fuir, en train de démissionner de notre tâche?. Serions-nous en train de prendre le chemin de Tarsis, bien endormis au fonds de notre bateau appelé Eglise, alors que c’est à Ninive qu’il nous faut aller, ce monde antagoniste (bien qu’on ne sait pas très bien où situer cette ville, pour Israël c’est l’ennemi, la capitale de l’empire assyrien).

S’il y a bien un fil conducteur dans cette narration sur Jonas, c’est bien celui de la crise. Il y a la crise morale et spirituelle de Nínive, et il y a la crise du prophète qui ne veut pas assumer son rôle, et il y a la crise, du même prophète lorsque il devient conscient de sa désobéissance. Alors c’est le gouffre, le trou noir, le vide. Après, il y a encore la crise (le ventre du poisson n’a pas suffi !) du prophète qui est brouillé avec le Dieu de grâce et de miséricorde, jusqu’au point où il veut en mourir ! .

Et Jonas est à tel point brouillé avec le Dieu de pardon qu’il se met à l’extérieur de la ville, il se fait une cabane, et il se met à attendre pour voir ce qu’il devait se passer. A vrai dire rien, puisque Dieu s’est repenti de son désir de détruire. A quoi donc de se mettre en spectateur !. Et dans sa crise, et dans sa colère, Dieu aussitôt lui offre une protection, une plante de courges (un cocotier) qu’il lui enlève.

La crise de Ninive, serait-il celle qui nous entoure en tant qu'Eglises ?. Crise économique, politique, énergétique, crise de valeurs, une crise face à laquelle il y a urgence de changements à tous les niveaux, sur tous les rapports, aussi sur notre rapport à la création, puisqu'elle est aussi écologique.
La crise de Jonas serait-elle la nôtre ? Celle de ne pas vouloir entrer en opposition avec le monde qui nous entoure, ou celle de ne pas prendre assez en compte le Dieu qui nous sauve, tout en étant des Eglises profondément enracinées dans la grâce de Dieu, et celle de ne pas rendre compte avec assez de conviction du Dieu de notre salut ?

Faut-il qu'en tant qu'églises de la CEPPLE, nous nous penchons sur ce sujet ? Chercher ensemble de nouvelles manières de faire entendre la parole du Christ, sauveur du monde ? De nouvelles manières de vivre l’Evangile pour une éthique et une culture du changement qui soit aussi spirituelle.
Pourrions-nous nous demander s’il n’y aurait-il pas une manière de témoigner du Christ, sauveur, une manière plus spécifique à nous-mêmes, Eglises qui se veulent historiques, raisonnables, libérales. Pourrions-nous, tout en gardant nos identités, et sans vouloir tomber dans des discours simplistes, relever ce défi : Rendre compte du Dieu de Grâce et de liberté à nos contemporains ?
Ne serions-nous pas, comme Jonas, confortablement installés à l’ombre de nos cocotiers, en observateurs de cet affreux monde en crise qui nous fait reculer en même temps qu’il va vers sa perte ?

Et pour finir, une note philologique qui peut être pleine de signification. Le mot « rav hovel », qui désigne le « capitaine », contient la racine « hvl », qui évoque les douleurs de l’enfantement.
Dans cette crise, extérieure qui nous entoure, et à l’intérieur même de nos Eglises protestantes nous devons nous laisser enfanter de nouveau. Toute crise nous fait grandir. Nous sommes appelés à passer nos crises avec l’assurance que Dieu nous permettra d’en sortir, si nous mettons notre confiance en lui, si nous nous laissons impulser par la grâce vers l’extérieur de nos bateaux, et nous nous laissons réveiller par sa Parole, et enfanter par son Esprit.

Amen

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60ème anniversaire de la Cepple